Lutter contre la contrefaçon, un enjeu central pour la FIEV et ses membres

Portrait de Laurent Ostojski

Eurobsit : Quels sont les chiffres disponibles sur la contrefaçon d’équipements automobiles ?

Laurent Ostojski : « Les seuls éléments fiables dont l’on dispose sont les saisies douanières. Évidemment ces chiffres ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. Mais ils donnent le ton.

On sait également quelles vont être les pièces les plus contrefaites : généralement les plus sensibles à la rechange. Comme les malfaiteurs cherchent à s’enrichir le plus vite possible, ils visent particulièrement les pièces d’usure. Ils peuvent aussi viser les éléments de carrosserie : en cas d’accident c’est la première chose percutée. Cette contrefaçon a d’autant plus d’intérêt en France qu’il y a une protection au titre des Dessins et modèles sur un certain nombre de pièces visibles, notamment la carrosserie. Il en résulte pour le consommateur une offre légale plus limitée et plus de place pour des fabricants indélicats. »

 

E. : Les constructeurs automobiles ont donc le monopole sur la revente des pièces de carrosserie ?

L.O. : « Légalement, les constructeurs disposent d’une protection sur toutes les pièces visibles, c’est-à-dire toutes les pièces que l’on peut voir lors de l’utilisation normale du véhicule : la carrosserie, les phares, les rétroviseurs, etc. Or, un monopole attise bien souvent les convoitises, et cela peut favoriser le développement de la contrefaçon. Mais les choses ont commencé à changer : en 2012, l’Autorité de la concurrence a rendu un avis relatif au fonctionnement concurrentiel de ce secteur, et a proposé d’ouvrir de manière progressive et maîtrisée le marché des pièces de rechange visibles. Bien qu’elle ne se soit pas traduite dans une loi, cette idée se retrouve dans l’accord conclu en 2017 entre la FIEV et le CCFA (Comité des Constructeurs Français d’Automobile). Celui-ci prévoit la possibilité pour les équipementiers de co-commercialiser certaines pièces légalement protégées : vitrage, lanternerie et rétroviseurs. L’apport inventif et créatif de nos adhérents est par conséquent pleinement reconnu. »

 

E. : En vue de réduire les coûts, de nombreux automobilistes réalisent eux-mêmes l’entretien de leur véhicule. Achètent-ils volontairement des pièces détachées de contrefaçon ?

L.O. : « À notre connaissance, il y a assez peu de cas de figure où des gens achètent volontairement une pièce de contrefaçon automobile. Cela peut arriver, mais en général les consommateurs pensent faire l’acquisition de pièces authentiques. En revanche, ils peuvent essayer de trouver des pièces moins chères via des sites internet (notamment chinois), lesquels affirment présenter les pièces d’origine – alors que ce sont de pâles contrefaçons. Pour la vente sur internet, c’est comme pour tous les produits : il faut rester vigilant. Certains sites de ventes de pièces détachées ne posent aucun problème, ils ont d’ailleurs parfois été rachetés par les constructeurs automobiles. Le problème se pose dès que l’on creuse un peu plus loin sur internet, des sites plus douteux apparaissent. Lorsque l’on se rend sur Alibaba, et même sur Amazon, on peut trouver sans difficulté des pièces de contrefaçon. »

 

E. : Comment faire pour repérer les arnaques ?

L.O. : « L’essentiel de la contrefaçon vient de Chine, et cela est particulièrement vrai en matière automobile. Ainsi, il faut de toute évidence être prudent avec les sites chinois. Ensuite, il faut regarder attentivement ce qui est proposé en termes de disponibilité des produits. Souvent, les sites contrefacteurs proposent au consommateur toutes les marques possibles dans une gamme de produits donnés. Les quantités disponibles sont énormes (probablement supérieures à ce qu’une usine produit normalement), et la livraison est assurée en 48h : on sait à ce moment que quelque chose ne va pas. Les réflexes doivent en fait être les mêmes que pour n’importe quel produit que l’on achète sur internet : pièces détachées, produits de luxe, médicaments, etc. »

 

E. : Comment lutte-t-on contre la contrefaçon dans le domaine de l’équipement automobile ?

L.O. : « Chacun lutte un peu pour soi : les constructeurs d’un côté, et les équipementiers de l’autre. En vérité, l’action commune est assez limitée ; les groupes préfèrent traiter eux-mêmes des problématiques de contrefaçon. Cela aboutit à des situations assez différentes selon la taille de l’entreprise. Ce qui est sûr, c’est que la plupart des groupes mettent en place une stratégie de sensibilisation face à ce phénomène extrêmement nocif. Pour la FIEV, qui collabore avec plusieurs acteurs français de cette lutte, comme le Comité National Anti-Contrefaçon (CNAC), mais aussi avec les douanes via l’Unifab, l’objectif est double : sensibiliser le public, et faire office de passerelle entre les groupes automobiles et les autorités. »

 

E. : Y a-t-il des sites de production de pièces détachées contrefaites en France ?

L.O. : « En France il n’y a pas – à notre connaissance – de sites de production ou de gros entrepôts de stockage de contrefaçon. On trouve parfois de la contrefaçon chez certains revendeurs parce qu’ils essaient de s’approvisionner hors de France, mais en général les produits contrefaits viennent directement de Chine ou d’Inde, après avoir été commandés sur internet (petits paquets par avions). Les contrefaçons peuvent également arriver via le Maghreb et l’Europe de l’Est. »

 

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