La discrète naissance d’une mafia de la civelle

« Plus rentable que la coke »

4 000 euros le kilo. C’est la bagatelle que peuvent espérer gagner les trafiquants de civelles qui exportent ces alevins d’anguille, comme le relève Le Parisien. Une manne financière qui n’a pas tardé à aiguiser l’appétit de certains braconniers, notamment en France.

« Sur tous les continents, une mafia de la civelle est à l’œuvre car le kilo se vend au Japon plus cher qu’un kilo de caviar », écrit, accablée, l’association de défense de l’environnent Robin des bois dans son bulletin d’information du 1er janvier 2014. Même constat pour Alain Coudray, président d’un comité des pêches de l’ouest de la France : « La civelle, c’est presque aussi rentable que la coke… les emmerdements en moins ».

Deux facteurs clés expliquent la flambée des prix des civelles vendues illégalement. Premièrement, elles sont très prisées sur les marchés asiatiques, où leur prix de vente pourrait atteindre 5 000 euros par kilo1. Par ailleurs, la pêche de cette espèce en déclin est très encadrée. En France, des quotas de pêche ont été instaurés, « La France autorise la capture de 26 tonnes de civelles vouées à la consommation humaine, soit au poids moyen d’un demi gramme par civelle, 52 millions d’anguilles en herbe », précise l’association Robin des Bois. A l’échelle internationale, les civelles sont protégées depuis 2010 au titre de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), qui limite son commerce à l’Union européenne.

 

Espèce menacée aux mains d’une mafia

L’enjeu est de taille, et la justice n’hésite plus à durcir le ton. Le 6 décembre dernier, le procureur a requis des peines atteignant deux ans de prison et 30 000 euros d’amende contre neuf personnes soupçonnées d’être impliquées dans la revente illégale des alevins à Nantes. Ce ne sont plus des pêcheurs locaux, mais un « réseau organisé », comme le relate Ouest-France.

La civelle se retrouve propulsée dans un marché où elle « triple de valeur à chaque étape d’intermédiaire », relevait l’AFP auprès du tribunal correctionnel de Bordeaux. Les éléments de langage utilisés tout au long de l’audience sont signifiants : « tête de réseau », « structure de bande organisée », « voitures ouvreuses à la manière des go-fast »… Si les gains financiers offerts par la contrebande de civelles se révèlent comparables à ceux des stupéfiants, il en va de même pour la logistique inhérente à ce trafic.

Il arrive d’ailleurs que ce juteux commerce prenne « le pas sur le trafic des stupéfiants où le risque est plus important, alors que le trafic de civelles rapporte autant », rappelait précédemment Nathalie Quéran pour le ministère de la Justice.

Pleinement conscientes de la montée en puissance du commerce frauduleux des alevins d’anguille, les autorités organisent la riposte. En juin 2017, sous la direction d’EUROPOL, les équipes de l’OCLAESP (Gendarmerie française) ont saisi 1,2 tonnes de l’espèce protégee au cours de l’opération CIVELLES II. Des actions comparables ont été menées au Portugal et au Royaume-Uni.


1  ‘Le trafic de civelles, nouveau trafic de stups’, Sciences et Avenir, Juin 2018.

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