Fraudes des produits de la mer : l’Europe à risque

a lot of small frozen fish, sprat, herring

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a publié cette année un rapport indiquant que l‘industrie de la pêche était la plus vulnérable à la fraude alimentaire. Déjà en 2013, la Commission européenne avait classifié le poisson comme la deuxième catégorie de nourriture la plus à risques en termes de fraude, tandis qu’une enquête menée par Interpol-Europol en 2015 le plaçait en troisième position.

 

Substitution d’espèces et étiquetage erroné

Le stock de poissons dans l’Union européenne diminue d’année en année, alors que la demande augmente. En plus du contrôle de la pêche à l’intérieur de l’UE, celle-ci doit aussi s’assurer du respect des normes pour les importations. Ce produit n’échappe donc pas aux règles de traçabilité et d’étiquetage. Cependant, celles-ci ne sont pas toujours respectées. D’autant que, comme le faisait remarquer l’ONG américaine Oceana : « La chaîne mondiale d’approvisionnement des produits de la mer est des plus complexe et obscure. »

Ces fraudes se traduisent généralement par la substitution de poissons (c’est-à-dire servir un poisson moins cher en le faisant passer pour un autre, plus réputé) ou par un étiquetage erroné. Cela a pour but d’augmenter le prix de certains produits ou encore de marchander des espèces menacées. Sans suivi possible, les risques sanitaires pour les consommateurs ne sont plus à démontrer.

 

La pêche au (faux) thon

Le thon est particulièrement concerné en Europe dans les cas de substitution, puisque la plupart des États membres acceptent d’utiliser ce nom pour qualifier différentes sortes d’espèces, malgré des différences de prix pouvant aller jusqu’à 40 %. Le « Tuna project », initié par l’Allemagne, la Norvège et la Suisse et impliquant onze pays de l’UE, a ainsi permis de saisir 52 tonnes de thon frauduleux et d’ouvrir cinq enquêtes criminelles. Cela était en lien avec l’opération OPSON VII à laquelle 67 pays ont pu participer, ayant conduit à la saisie de 3 620 tonnes de nourriture et 9,7 millions de litres de boisson contrefaites.

Oceana a quant à elle effectué des tests ADN sur un échantillon de 280 poissons collectés dans des restaurants et cantines des institutions européennes à Bruxelles : 31,8 % des poissons servis n’étaient pas ce qu’ils prétendaient être. Ce chiffre atteint 95 % pour le thon rouge de l’Atlantique. La même étude précise que dans les restaurants de sushis, 54,5 % de fraudes ont pu être révélées, notamment en substituant du thon rouge par du thon tropical.

 

Pour une meilleure traçabilité

Pour le moment, un codage à barres de l’ADN des poissons permet d’identifier les différentes espèces. Mais il est difficile de détecter la substitution lorsqu’il manque par exemple la tête, la queue ou les nageoires des poissons testés ou saisis, et encore plus lorsque la chaire a été broyée dans le cas de produits transformés.

Ce système n’est pas non plus infaillible lorsqu’il s’agit d’identifier l’origine géographique. Cette délicate étape de contrôle pourrait être améliorée grâce à un séquençage de nouvelle génération et des techniques génétiques de plus en plus avancées.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelle dans son rapport que les responsabilités sont généralement partagées entre les différentes autorités de régulation chargées de la sécurité des aliments, les agences de protection des frontières, les autorités douanières et les agences spécialisées à l’intérieur des forces de police nationales. La FAO appelle donc à une plus grande coopération internationale entre les autorités et l’application de la loi, ainsi que la mise en œuvre de sanctions pénales proportionnées.

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